30/05/2026 ssofidelis.substack.com  7min #315534

De la « fureur épique » à une « pseudo-victoire »

Par Hossein Amiri pour le  Tehran Times, le 29 mai 2026

Trump tente de trouver une issue décente au bourbier de la guerre avec des déclarations fantaisistes sur l'issue des négociations avec l'Iran.

Téhéran - Le président américain Donald Trump a une nouvelle fois prétendu que Washington serait sur le point de parvenir à un accord avec l'Iran, tandis que des sources iraniennes ont démenti ses propos, les qualifiant de cocktail de "vérité et d'exagérations" destiné à présenter une victoire de façade pour les États-Unis.

Dans une série de déclarations publiées sur Truth Social, Trump a déclaré que l'Iran

"doit s'engager à ne jamais posséder d'arme nucléaire ni de bombe atomique", tout en appelant à la réouverture immédiate du détroit d'Ormuz "sans aucun droit de passage dans aucun sens".

Trump a en outre soutenu que les restrictions navales imposées autour de l'Iran vont désormais être levées et que les navires bloqués dans le détroit d'Ormuz pourront reprendre leur route. Il a également annoncé que les mines marines présentes dans la zone sont en passe d'être retirées, affirmant que les États-Unis en auraient déjà détruit un grand nombre et que l'Iran se chargerait de déminer le reste.

Le président américain a en outre ajouté que le retrait de ce qu'il a qualifié de "poussière nucléaire enfouie" serait mené en coordination avec l'Iran et l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA). Il a toutefois souligné qu'"aucune transaction financière avec l'Iran" n'aura lieu "jusqu'à nouvel ordre".

Trump a également annoncé son intention de convoquer une réunion dans la salle de crise de la Maison Blanche pour prendre une "décision définitive" face à l'évolution de la situation.

Des sources iraniennes ont toutefois vivement contesté plusieurs des affirmations de Trump. Des sources citées par l'agence de presse Fars ont déclaré que les propos du président américain ne relèvent que d'un "cocktail de vérité et d'exagérations" dont le but est de faire croire à un triomphe diplomatique pour Washington.

Selon ces mêmes sources, Trump a faussement prétendu que l'Iran va extraire ou détruire ses matières nucléaires, soulignant qu'aucune disposition de ce type n'existe dans le protocole d'accord actuellement en discussion.

Des responsables cités par les médias iraniens ont souligné que Téhéran ne passera pas à la phase suivante des négociations sur l'allègement des sanctions ou les questions nucléaires tant que toutes les questions en suspens énoncées dans le mémorandum ne seront pas résolues.

Ils ont en outre insisté pour que tout accord final soit exclusivement basé sur les "lignes rouges" de l'Iran et la grande méfiance de Téhéran envers les États-Unis.

Les responsables iraniens ont également souligné que tout accord potentiel devra inclure des mécanismes de "riposte immédiate et réciproque" au cas où Washington violerait une nouvelle fois ses engagements.

Un responsable iranien cité par l'agence de presse Mehr a déclaré que les dernières remarques de Trump "traduisent davantage ses desiderata que la réalité sur le terrain".

Malgré la rhétorique renouvelée de Washington, les responsables iraniens affirment qu'aucun accord définitif n'a encore été conclu et rappellent que des déclarations américaines similaires selon lesquelles on serait "proche d'un accord" ont déjà été maintes fois répétées sans aboutir à quelque résultat tangible que ce soit.

Les tensions entre l'Iran et les États-Unis sont une nouvelle fois entrées dans une phase critique après les affrontements de ces derniers jours dans le golfe Persique et les frappes militaires américaines sur le sud de l'Iran.

Un responsable américain anonyme a déclaré à Reuters que l'armée américaine a mené jeudi matin des frappes contre une cible située près du détroit d'Ormuz. Ce responsable a affirmé que le site constituait une menace pour les forces américaines et la navigation maritime dans cette voie navigable stratégique.

Alors que Washington a tenté de justifier ses actions comme des mesures visant à "protéger les forces américaines et la sécurité maritime", les responsables iraniens qualifient ces attaques de violation flagrante du cessez-le-feu et de prolongement de la politique hostile des États-Unis dans la région.

JD Vance, vice-président américain et chef de l'équipe de négociation américaine, a qualifié la situation du cessez-le-feu de "chaotique", tout en reconnaissant implicitement d'éventuels problèmes de coordination au sein des forces américaines. Il a déclaré que les commandants sur le terrain ne sont parfois pas pleinement alignés sur les hauts responsables et que des "erreurs" peuvent se produire.

Dans le même temps, le Commandement central américain (CENTCOM) a accusé l'Iran d'avoir violé le cessez-le-feu, affirmant que Téhéran aurait lancé un missile balistique en direction du Koweït et déployé plusieurs drones d'attaque près du détroit d'Ormuz. Cependant, la déclaration américaine n'a pas précisé si les actions iraniennes alléguées ont eu lieu après les dernières frappes américaines contre le territoire iranien.

Téhéran a rejeté la version de Washington et soutient que les actions de l'Iran constituaient une riposte directe aux agressions répétées des États-Unis. Dans un communiqué, le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) a annoncé qu'après que les forces américaines ont pris pour cible une zone près de l'aéroport de Bandar Abbas tôt jeudi matin, la base aérienne américaine (au Koweït) utilisée pour lancer l'attaque a elle-même été prise pour cible en représailles.

Simultanément, le vice-ministre des Affaires étrangères chargé des affaires juridiques et internationales, Kazem Gharibabadi, a déclaré que la riposte du CGRI face aux "manigances américaines" démontre la mobilisation totale des forces armées iraniennes et a averti que Téhéran réagira de manière proportionnée si de telles actions se poursuivent.

Le ministère iranien des Affaires étrangères a également publié une déclaration condamnant les récentes attaques américaines comme une violation flagrante du cessez-le-feu et contraire à l'article 2(4) de la Charte des Nations unies, soulignant que l'Iran "ne laissera aucun acte d'agression sans réponse".

La déclaration ajoute que les actions américaines, survenues alors que des initiatives diplomatiques sont en cours, ont une nouvelle fois révélé la "mauvaise foi et le manque de fiabilité" de Washington et renforcé la profonde méfiance de la nation iranienne à l'égard du comportement des États-Unis, fondée sur "l'expérience et les réalités de terrain".

Dans le même temps, les forces armées iraniennes ont récemment annoncé la destruction d'un drone hostile au-dessus du golfe Persique à l'aide du nouveau système de défense Arash Kamangir. Les responsables iraniens ont décrit ce système comme le signe qu'aucun drone furtif ne sera plus en mesure de dominer les cieux au-dessus du golfe Persique.

Sur le plan stratégique, un nombre croissant d'analystes et de centres de recherche occidentaux ont reconnu l'influence géopolitique considérable et les capacités de dissuasion de l'Iran dans le détroit d'Ormuz.

David Roberts, analyste au Royal United Services Institute (RUSI), a fait valoir que les États-Unis manquent encore d'une stratégie claire pour "sécuriser pleinement" le détroit d'Ormuz et que cette voie navigable ne peut être gérée de manière réaliste sans tenir compte de l'influence de l'Iran.

De même, Christian Emery, de l'University College London (UCL), a indiqué que le récent conflit démontre à quel point la géographie même de l'Iran est l'un des principaux outils de dissuasion de Téhéran, ajoutant que les États-Unis et leurs alliés n'ont pas réussi à empêcher l'Iran d'exercer son influence sur le détroit malgré une pression militaire considérable.

John Mearsheimer, éminent spécialiste en relations internationales à l'université de Chicago, a également fait valoir que la marine américaine est incapable de contrôler pleinement le détroit d'Ormuz et que "l'Iran détient l'avantage géographique dans la région".

Dans un autre article, le Navy Times a cité plusieurs analystes militaires occidentaux affirmant que, contrairement aux déclarations de certains responsables américains, maintenir le détroit d'Ormuz ouvert est loin d'être une "opération simple", car les forces navales occidentales sont vulnérables aux missiles, aux drones et aux capacités de guerre asymétrique de l'Iran.

Le Center for Strategic and International Studies (CSIS) a également noté dans une analyse récente que la confrontation actuelle a évolué au-delà d'un conflit purement militaire pour s'inscrire dans un cadre plus large de "pression géopolitique", l'Iran exploitant avec succès sa position stratégique dans le détroit d'Ormuz comme outil de dissuasion efficace.

Certains analystes occidentaux ont même qualifié le détroit d'Ormuz de "carte maîtresse" de l'Iran, Al-Monitor le décrivant comme l'un des instruments de dissuasion les plus efficaces de Téhéran face aux pressions étrangères.

Le détroit d'Ormuz semble aujourd'hui plus que jamais devenu le théâtre principal de la confrontation stratégique entre Téhéran et Washington - une confrontation aux implications considérables non seulement pour la sécurité du golfe Persique, mais aussi pour les marchés énergétiques mondiaux, le commerce international et la stabilité régionale.

Traduit par  Spirit of Free Speech

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