
Par Nate Bear, le 28 mai 2026
Des records de chaleur ont été enregistrés dans certaines régions d'Europe et d'Asie ces derniers jours, provoquant trois réactions désormais de rigueur chaque fois ce genre de phénomène se produit :
- Le scepticisme face au changement climatique
- L'attention excessive portée à la chaleur par les médias traditionnels
- Un contexte tronqué
On pourrait presque dire que le premier point est "cuit" d'avance dans la conversation, pour reprendre une métaphore appropriée. Et en temps normal, cela ne me dérangerait pas outre mesure. Mais le phénomène est de plus en plus répandu sur les réseaux sociaux et Twitter/X, et j'y vois deux explications.
Premièrement, et c'est la plus évidente, Musk et Nikita Bier, le responsable de l'algorithme, favorisent systématiquement les comptes de droite, avec pour conséquence une plus grande visibilité du scepticisme et du déni face aux phénomènes climatiques extrêmes, ces tendances étant généralement de droite. Deuxièmement, malgré mes opinions politiques de gauche, mes écrits antisionistes et pro-palestiniens ont attiré davantage de gens dont le point de vue sur l'antisionisme s'inscrit dans une perspective plus conservatrice, favorable au souverainisme et au nationalisme. Mon intuition me dit que ces personnes placent le changement climatique et le sionisme dans la même catégorie - en tant que "discours" dominant dicté par l'élite - à rejeter. J'ai ainsi vu certains de ces comptes, avec lesquels je suis d'accord sur Israël, la Palestine, l'impérialisme et le sionisme, publier dans mon fil d'actualité des contenus et des opinions sceptiques sur le changement climatique.
Selon moi, cette politique n'est pas cohérente. Le sionisme et le réchauffement de la planète ont la même origine. L'impérialisme est l'un des moteurs du changement climatique, et l'anti-impérialisme ne peut être dissocié de la destruction écologique. Le Pentagone est le plus grand émetteur institutionnel de gaz à effet de serre, brûlant chaque année plus de combustibles fossiles que des pays entiers comme le Portugal, la Suède et le Danemark. Un empire qui projette sa puissance mondiale et lance des missiles à des milliers de kilomètres de ses côtes pour imposer par la force sa volonté au monde ne pourrait survivre sans les énergies fossiles. C'est pourquoi, parmi bien d'autres raisons, Trump, et l'empire américain à travers l'histoire, ont tant aimé le pétrole.
Au cours des 15 premiers mois du génocide à Gaza, Israël a consommé plus de combustibles fossiles que l'Estonie et le Costa Rica n'en consomment ensemble en un an.
Après plus de deux ans et demi, le coût écologique du génocide à Gaza et du massacre des Palestiniens pour l'atmosphère sera équivalent à la pollution générée par la consommation énergétique de dizaines de millions de personnes. Mais au lieu d'utiliser les combustibles fossiles pour subvenir aux besoins vitaux, le sionisme utilise les combustibles fossiles à grande échelle pour mettre fin à la vie. Le sionisme tue les Palestiniens en premier lieu, puis amplifie les vagues de chaleur qui causent mort et souffrance des années plus tard.
Ce qui m'amène au point n° 2.
Le réchauffement de la planète n'est qu'une des conséquences du système mondial actuel, mais trop souvent, les médias traditionnels ignorent l'ampleur de la crise écologique pour se concentrer uniquement sur le changement climatique. Et c'est là qu'on peut défendre le climat en tant que récit, mais pas comme le font ceux qui le dénigrent en le qualifiant d'outil destiné à susciter la peur et à imposer un contrôle. Si le changement climatique est présenté comme un récit, c'est parce qu'une solution facile peut être vendue dans les limites existantes du capital néolibéral mondialisé. Une transition vers le solaire et l'éolien, alimentée par des méga-sociétés minières qui dynamitent la roche et extraient les minerais transportés par des géants du transport maritime, et dont le marché est alimenté par les négociants en métaux, avec des profits engrangés par les géants de l'énergie.
Fondamentalement, rien ne doit vraiment changer dans cette version de la crise, bien au contraire. Ce discours place les politiques de croissance capitaliste au cœur de la lutte contre le changement climatique.
L'origine du changement climatique, en tant que discours dominant, s'explique mieux comme étant ancrée dans les relations impérialistes-capitalistes et issue de celles-ci, et non comme le résultat de théories conspirationnistes liées au mondialisme.
Ce qui m'amène au troisième point.
Si la crise est comprise non seulement comme une crise climatique, mais comme une crise écologique systémique sous-tendue par le système actuel du capital néolibéral mondialisé, aucune solution facile et vendeuse ne peut être proposée. Si l'on considère que notre situation écologique englobe les gaz à effet de serre, la pollution plastique, l'acidification des océans, la pollution azotée, la destruction des forêts tropicales, l'appauvrissement de la couche d'ozone et l'extinction des espèces, il devient beaucoup plus difficile de résumer la crise en quelques phrases percutantes. Si l'on évalue les atteintes écologiques non seulement en termes de chaleur extrême, mais aussi en termes de système intégré soumis à une attaque multiforme, l'ampleur et l'échelle du problème défient manifestement toute solution unique axée sur une énergie particulière.
Considérer la crise dans son ensemble nécessite un débat qui bouscule les dogmes capitalistes, remet en cause les structures de pouvoir élitistes et aboutit à la nécessité de remodeler totalement non seulement les systèmes énergétiques, mais aussi bon nombre des systèmes qui régissent notre civilisation. Ce débat nécessite des politiques ambitieuses qui rejettent le capitalisme mondial et nous orientent vers des systèmes locaux et durables au service des communautés, et non des structures oligarchiques et des entreprises, que ce soit dans le domaine de l'énergie, de l'agriculture, du tourisme ou du commerce.
Voici le point crucial qui fait lien : une politique de véritable durabilité mondiale exigerait le même type de pensée et d'action révolutionnaires que celles nécessaires à l'éradication de l'impérialisme et du sionisme.
En conclusion, oui, le monde se réchauffe, et c'est dû à l' augmentation extraordinaire du rythme auquel le dioxyde de carbone est libéré par la combustion des énergies fossiles. Et oui, ce réchauffement doit cesser, sinon de nombreuses personnes mourront et le système s'effondrera. Mais les énergies fossiles peuvent être utilisées à bon ou à mauvais escient, et les coûts externes de leur combustion (la pollution piégeant la chaleur) peuvent dépasser ou être inférieurs au coût de leur utilisation.
Le génocide, la conquête et l'impérialisme sont des méthodes ignobles et dépravées consistant à user de toute ressource énergétique, a fortiori non renouvelable, dont les effets s'étendent à l'échelle planétaire et se répercutent longtemps dans l'avenir.
Pour être honnête, j'ai peut-être écrit cet article pour un public imaginaire. Mais je suis depuis longtemps frustré de voir à quel point l'effondrement écologique est éloigné de la plupart des courants de pensée anti-impérialistes. Cela tient en partie, je pense, à la conviction que les impérialistes instrumentalisent le changement climatique pour diaboliser, par exemple, l'utilisation du charbon par la Chine ou celle des revenus pétroliers du Venezuela (qui sont bien sûr désormais accaparés par l'empire).
Je comprends ce point de vue, et les médias impérialistes agissent bel et bien ainsi.
Mais ce n'est pas une raison pour prétendre que les principes fondamentaux de la physique sont erronés ou pour rejeter le changement climatique comme une conspiration ou un complot mondialiste.
C'est plutôt un motif qui invite à réfléchir plus sérieusement aux moyens et aux raisons pour lesquelles le changement climatique nous est ainsi présenté comme un problème, et non pour douter de son existence même.
Traduit par Spirit of Free Speech
¡Do Not Panic!
Extreme Heat Headlines Obscure The Scale Of The Crisis
It's been record hot in parts of Europe and Asia over the last week and this has provoked an outburst of three things that have become de rigeur whenever this happens...