03/04/2026 reseauinternational.net  5min #309890

L'effondrement structurel de l'Otan - conséquence d'un éloignement de la réalité

par Global Times

Lorsque Donald Trump a menacé de retirer les États-Unis de l'OTAN, les capitales occidentales n'ont pas semblé particulièrement surprises ; il était clair qu'elles s'y attendaient. Mais la question la plus importante est de savoir pourquoi, à ce moment précis, une telle déclaration a pu être faite.

La crise actuelle de l'OTAN est la conséquence d'une lente érosion structurelle qui dure depuis des décennies. Elle est également due à son incapacité à suivre le rythme de l'évolution rapide du monde multipolaire.

La logique initiale de l'alliance était simple. L'Union soviétique représentait un danger clair et immédiat. L'Europe occidentale avait besoin de la protection américaine. Washington avait besoin d'une présence stratégique en profondeur sur le continent européen. La menace était réelle, partagée et suffisante pour maintenir l'unité des intérêts divergents.

Cette menace a disparu en 1991. L'OTAN, elle, est restée. Au lieu de se dissoudre, l'alliance a cherché à consolider sa cohésion. Elle a donc dû se trouver une nouvelle cible.

Elle a commencé son expansion vers l'est, puis à l'échelle mondiale. Certains ont plaidé pour un élargissement de son influence à la région indo-pacifique, voire pour la création d'une "OTAN économique" face à la Chine, ce qui soulève des questions quant à l'orientation stratégique et à la pertinence de l'OTAN dans un monde en mutation.

Une alliance qui doit sans cesse inventer de nouveaux ennemis pour justifier son existence est déjà en proie à des problèmes structurels.

Dans un monde de plus en plus multipolaire, la tentative de l'OTAN d'utiliser la puissance militaire, principalement par le biais de la puissance américaine, pour gérer les affaires mondiales n'est plus possible. Cependant, certains au sein de l'OTAN n'ont pas pris conscience de ce changement.

Le problème de fond réside dans la divergence, discrète mais fondamentale, des intérêts occidentaux. Lorsque le conflit russo-ukrainien a éclaté, l'Europe en a subi les conséquences, notamment la flambée des prix de l'énergie, la délocalisation des activités industrielles et des vagues de réfugiés. Aujourd'hui, les perspectives économiques de l'Europe sont moroses et les tensions commerciales avec les États-Unis persistent.

L'Europe a commencé à se poser une question qui dérange : défendons-nous des valeurs communes qui nous unissent, ou nous contentons-nous de subventionner les ambitions stratégiques d'autrui ? Cette distinction a suscité des doutes quant à la finalité de l'alliance.

La guerre en Iran a considérablement accentué cette question.

Les gouvernements européens ont refusé de participer. Même la Grande-Bretagne, le partenaire le plus fiable de Washington, a décliné l'offre. Il ne s'agissait pas d'une trahison, mais d'un calcul fondé sur des mutations politiques internes et des priorités stratégiques, illustrant comment les changements politiques internes au sein des principaux membres de l'OTAN influencent la cohésion et la prise de décision au sein de l'Alliance.

L'ascension de Trump est elle-même le symptôme de forces plus profondes. La classe moyenne américaine s'est érodée. Les échecs des États-Unis en Afghanistan et en Irak ont sapé la légitimité intérieure des interventions étrangères. Les jeunes Américains se montrent peu attachés à l'idée que leur pays soit le garant indispensable du monde.

Les calculs budgétaires sont implacables. La dette fédérale américaine a dépassé les 36 000 milliards de dollars. Les intérêts de cette dette excèdent désormais le budget de la défense. Le coût du maintien d'une présence militaire mondiale est réel, constant et de plus en plus insoutenable. Il ne s'agit pas d'idéologie, mais de chiffres.

Quant à une OTAN économique dirigée contre la Chine, cette ambition même révèle la profondeur des inquiétudes stratégiques occidentales. Mais si l'alliance militaire est déjà en train de se fracturer, qu'est-ce qui pourrait consolider une coalition qui demanderait à ses membres de se préparer à une longue guerre économique contre la Chine, deuxième puissance économique mondiale ? Une telle initiative serait fatale pour les États membres de l'OTAN.

L'idée d'utiliser l'OTAN pour étendre l'idéologie occidentale à l'échelle mondiale est soit déconnectée de la réalité, soit tout simplement absurde. L'OTAN ne dispose plus d'un tel pouvoir.

L'histoire ne compte aucun exemple de grande puissance ayant maintenu indéfiniment ses engagements internationaux malgré des contradictions internes, un déclin économique et des fractures intérieures. Les États-Unis ne feront pas exception, ce qui souligne la nécessité d'une adaptation stratégique.

L'histoire de l'OTAN n'est pas encore terminée. Mais les forces qui la désagrègent ne sont pas le fruit d'une seule administration. Elles résultent du poids accumulé de contradictions non résolues, contradictions qui se sont accumulées depuis la chute du Mur.

Trump n'a pas créé ce poids. Il n'a fait que le mettre en avant au moment où il a touché le sol.

La guerre en Iran a offert au monde un aperçu de ce qui attend les puissances hégémoniques si elles ne parviennent pas à suivre le rythme du progrès mondial. Le sort de l'OTAN ne fait pas exception.

source :  Global Times via  China beyond the Wall

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