Steven WILSON
La Somalie traverse l'une de ses crises les plus profondes depuis des années. Le 30 mars 2026, les forces fédérales ont pris le contrôle total de Baidoa, capitale de l'État régional du Sud-Ouest, entraînant la démission immédiate de son président, Abdiaziz Hassan Mohamed Laftagareen. Cette intervention militaire marque l'aboutissement d'un bras de fer de plusieurs semaines autour d'une réforme constitutionnelle jugée "liberticide" par ses opposants.
L'étincelle a été la réforme constitutionnelle contestée. Au cœur du conflit se trouve une refonte de la Constitution provisoire de 2012, votée en mars 2026 par le Parlement fédéral à Mogadiscio. Cette réforme introduit des changements majeurs. Pour le suffrage universel direct on note le passage d'un système clanique complexe à une élection "une personne, une voix".
Au niveau du renforcement du pouvoir présidentiel, le chef de l'État dispose désormais de prérogatives accrues, notamment sur la nomination des hauts responsables, au détriment du Parlement. A propos du prolongement des mandats, les amendements ont prolongé d'un an le mandat du président fédéral et du Parlement, une mesure dénoncée comme un "accaparement du pouvoir" par l'opposition et les États régionaux.
L'escalade : La rupture du Sud-Ouest
Face à ce qu'il considérait comme une menace pour l'autonomie régionale, l'État du Sud-Ouest avait officiellement rompu ses liens avec le gouvernement central le 18 mars 2026. Le président Laftagareen avait tenté d'organiser sa propre élection régionale anticipée en défiant le calendrier de Mogadiscio.
En réponse, le gouvernement fédéral a déclaré la légitimité de l'administration du Sud-Ouest "expirée" et a dépêché des troupes vers Baidoa.
Le 30 mars, après de brefs affrontements, l'armée nationale somalienne a investi les points stratégiques de la capitale régionale. Acculé, Abdiaziz Laftagareen a annoncé sa démission sur les réseaux sociaux après sept ans au pouvoir. Transition forcée, Mogadiscio a immédiatement nommé Ahmed Mohamed Hussein (ministre des Finances local) comme président par intérim pour piloter une "transition pacifique". Les conséquences humanitaires sont lourdes. L'ONU rapporte que les tensions et les combats récents ont provoqué le déplacement de 45 000 personnes fuyant Baidoa.
Un pays au bord de la fragmentation ?
Si le gouvernement de Mogadiscio salue un retour à l'ordre constitutionnel, cette victoire militaire laisse un pays plus divisé que jamais. D'autres États comme le Puntland et le Jubaland rejettent également la nouvelle Constitution, craignant une centralisation excessive du pouvoir.
Les analystes alertent sur le risque que cette instabilité politique n'affaiblisse la lutte contre le groupe terroriste Al-Shabaab, qui contrôle encore environ 30 % du territoire et pourrait profiter de ces divisions internes pour regagner du terrain.
Komla YAWO
