01/04/2026 reseauinternational.net  5min #309636

La guerre au Moyen-Orient : bilan du 30 mars, par Youri Podoliakov

Trump cherche une issue - mais ne la trouve pas pour l'instant...

L'auteur, Youri Podoliakov, est un analyste militaire russe dont les commentaires sur les conflits au Moyen-Orient et en Ukraine sont très suivis dans l'espace post‑soviétique. Son analyse reflète un point de vue proche des cercles stratégiques russes, souvent critique envers les USA et Israël, et favorable à une lecture réaliste des rapports de force où l'Iran apparaît comme un acteur incontournable.

Fausto Giudice

*

par Youri Podoliakov

La direction usaméricaine comprend que le temps joue contre elle. Pire, il ne lui en reste plus beaucoup. Dans un mois seulement, sans l'autorisation du Congrès - que la Maison-Blanche n'obtiendra manifestement pas - Trump sera contraint de mettre fin à la guerre. Or, l'attaque qu'il prépare (et pour laquelle des milliers de marines et de parachutistes usaméricains sont rassemblés dans la région) est en réalité "l'attaque de la dernière chance". Avec un résultat positif loin d'être garanti pour lui.

C'est précisément pourquoi, dans les "meilleures traditions" des margoulins usaméricains, il a entamé des négociations secrètes avec Téhéran. Et ses attaques publiques (selon ceux qui sont au courant du processus de négociation) n'ont rien à voir avec ce qui se discute réellement. En public, Trump se montre confiant et inébranlable dans ses exigences. Mais même dans ces déclarations, on perçoit parfois des "notes" en provenance des coulisses.

D'après les informations qui filtrent dans la presse, les principaux points de friction dans les négociations avec l'Iran concernent les garanties de sécurité et les compensations pour les pertes subies par Téhéran. Et dans chaque dossier, il existe des issues claires et compréhensibles. Par exemple, sur la question des garanties, le point clé est la présence de bases usaméricaines dans la région, sur lesquelles Israël et les "monarchies" du Golfe peuvent s'appuyer. Mais aujourd'hui, ces bases ont été pour la plupart évacuées, et c'est à Trump de décider si les militaires usaméricains y seront renvoyés.

Bien sûr, le prochain président usaméricain pourra ensuite tout inverser. Mais d'une part, rien ne garantit qu'il le puisse (notamment en raison de la défaite politique qu'aura subie Washington). Et d'autre part, cela viendrait plus tard. L'Iran pourrait très bien accepter cette perspective (compte tenu des autres nuances), notamment sur la question des compensations pour les pertes.

Il est déjà évident que ce ne sont ni les USAméricains ni les Israéliens qui paieront la facture, mais les "monarchies" - ce sont elles les principales victimes expiatoires dans cette guerre, et quoi qu'il arrive, ce sera à elles de payer. Peu importe la manière dont on les y contraindra.

L'une des options est le chantage. D'ailleurs, Trump a déjà commencé à y recourir. Hier, par exemple, il a déclaré qu'il mettrait fin à l'opération même sans rouvrir le détroit et quitterait la région (après avoir réduit l'Iran en cendres). C'est un message clair, entre autres, adressé aux "monarques", qui sont placés devant un choix : soit payer de bonne grâce pour toutes les exactions de Trump, soit perdre encore plus, plus tard, en poursuivant seuls la guerre contre l'Iran. Parallèlement, l'Iran récupérera de toute façon son dû grâce au contrôle du transit par le détroit d'Ormuz - un passage pour lequel ce sont encore les "monarchies" qui paieront.

Mais c'est aussi un chantage à l'égard d'Israël. Car, par ses provocations, Israël a, je crois, fini par lasser même Trump. Le message est : "Je m'en vais, vous vous débrouillerez ensuite avec l'Iran (et les"cocus"arabes)". D'autant que la prochaine administration de la Maison-Blanche sera clairement pro-iranienne et anti-israélienne. Pour Netanyahou non plus, ce n'est pas une perspective réjouissante. Il y a de quoi réfléchir.

Par ailleurs, les "notes" qui transparaissent déjà chez Trump sont très révélatrices. Par exemple, il affirme que le régime en Iran a déjà été changé (cet objectif serait donc pratiquement atteint) et qu'il négocie avec le NOUVEAU POUVOIR.

La guerre déborde les fronts et met tout le voisinage sous menace des bombes, voire de La Bombe

Et en effet, il est prêt à discuter avec les nouvelles autorités iraniennes. Il n'est pas dit que ce soit avec le nouveau rahbar [Guide suprême]. Les généraux du CGRI [Corps des Gardiens de la Révolution islamique, ndlr], qui détiennent le pouvoir réel aujourd'hui, pourraient très bien le sacrifier pour parvenir à un accord avec Trump. Cela permettrait non seulement à Donnie [surnom péjoratif de Donald Trump] de quitter la région sans avoir officiellement le statut de vaincu, mais aussi aux généraux de mettre au pas les "monarques" jusqu'ici arrogants et de les rendre dépendants de la volonté de Téhéran. En définitive, le statut de l'Iran dans la région en sortirait immensément renforcé. Et pour cela, ils pourraient tout à fait sacrifier l'actuel dirigeant formel, que personne n'a jamais vu vivant, et qu'ils pourraient présenter comme mort en martyr (comme son père avant lui).

Mais ce n'est qu'un scénario possible. Des points de convergence existent, mais rien ne garantit que les parties parviennent à un accord. Et le crédit de confiance, après l'attaque perfide du 28 février, n'est pas très élevé. Dans ce contexte, les discussions sur un retrait de l'Iran du Traité de non-prolifération nucléaire sont très significatives. Cela pourrait très rapidement (avec l'aide de Pyongyang) aboutir à l'apparition d'une nouvelle puissance nucléaire dans le monde. Et alors, les dirigeants iraniens n'auraient plus besoin de garanties. Mais pour cela, comme je l'ai déjà dit, l'Iran doit encaisser un nouveau coup de Trump.

Et pour l'instant, la probabilité qu'il le frappe est bien plus élevée que celle d'un accord sans poursuite de la guerre. C'est à cela que tout le monde doit se préparer.

source :  Youri Podoliakov via  Fausto Giudice

 reseauinternational.net