01/04/2026 linvestigateurafricain.tg  3min #309584

Présidentielle 2026 au Bénin : une campagne sous le signe du déséquilibre et des recompositions

Steven WILSON

Depuis le lancement officiel de la campagne électorale le 27 mars dernier, le paysage politique béninois offre un contraste saisissant. Alors que la mouvance présidentielle affiche une unité de façade, renforcée par de nouveaux ralliements, l'opposition, minée par les défections, semble chercher un second souffle à l'approche du scrutin du 12 avril.

Désigné héritier politique de Patrice Talon, Romuald Wadagni a entamé son marathon électoral par une démonstration de force. En choisissant le Nord du pays pour ses premiers rassemblements, le candidat du pouvoir ne cherche pas seulement à convaincre, mais aussi à prouver l'ancrage national de sa coalition.

La mouvance présidentielle plus que jamais renforcée

La stratégie de la mouvance porte ses fruits : elle enregistre une vague d'adhésions sans précédent. Le ralliement le plus spectaculaire reste celui de Chabi Yayi, fils de l'ancien président Boni Yayi. Ce basculement, au-delà de la symbolique familiale, illustre une dynamique de "ralliement au plus fort" qui profite largement au camp présidentiel.

À l'inverse, le ciel s'assombrit pour les forces contestataires. Le parti Les Démocrates, qui portait les espoirs d'une alternance radicale, subit de plein fouet les conséquences de son absence du scrutin. Privés de candidat faute de parrainages validés, les cadres du parti se déchirent sur la conduite à tenir.

La démission de figures de proue comme Guy Mitokpè a agi comme un déclencheur, révélant des fractures profondes entre les partisans d'une ligne dure de boycott et ceux qui, par réalisme ou opportunisme, préfèrent se rapprocher du pouvoir pour garantir leur avenir politique. Pour de nombreux analystes, l'opposition béninoise paie aujourd'hui le prix d'un manque de renouvellement et de l'absence d'une stratégie commune face aux réformes électorales.

Un duel déséquilibré ?

Le face-à-face entre Romuald Wadagni et Paul Hounkpè (FCBE) laisse une partie de l'opinion publique sceptique. Si le candidat de la FCBE se présente comme le rempart de la paix et de la médiation, ses détracteurs le qualifient d'opposition "choisie" par le pouvoir en place.

Ce déséquilibre structurel soulève des interrogations sur le taux de participation. Le principal enjeu du scrutin n'est peut-être plus le nom du vainqueur - tant la machine de la mouvance semble huilée - mais la capacité du système électoral à mobiliser des citoyens désabusés par l'effritement de l'offre politique contradictoire.

À deux semaines du vote, le Bénin se dirige vers une élection de continuité. La  mouvance présidentielle, en mode "aspiration", continue de siphonner les énergies politiques adverses, laissant une opposition fragmentée qui devra impérativement se reconstruire au lendemain du 12 avril pour ne pas disparaître totalement de l'échiquier national.

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